Pour ceux qui ne connaissent pas cet opéra, voici la liste des rôles :
Lucia di Lammermoor
Edgardo Ravenswood (amant de Lucia)
Enrico (le frère de Lucia)
Raimondo (un prêtre)
La confidente de Lucia
Normanno (un conseiller d'Enrico)
Arturo Bucklaw (promis à Lucia)
J'ai assisté à Lucia di Lammermoor le 22 septembre à Bastille. J'étais placé au second balcon, à droite, au troisième rang.
Au début, ma principale inquiétude concernait Dessay. Je m'attendais à tout moment à voir le directeur s'avancer sur la scène et dire qu'elle annulerait. Mais ce ne fut heureusement pas le cas.
Après l'ouverture, le choeur, accompagné de Normanno, chante « Percorrete le spiagge vicine ».
Quel que soit le nom de l'interprète, le volume de Normanno était assez faible, sauf dans les passages fortissimo, ce qui m'inquiétait d'autant plus que la dernière fois que j'étais allé à Bastille, c'était pour assister à un Rigoletto en sourdine. Pour cette soirée-là, j'étais assis à trois rang...du fond. Et un seul interprète avait été capable de produire quelque chose de vraiment audible, celui qui chantait le rôle-titre. Je m'étais demandé si les personnes assises dans les derniers rangs était systématiquement condamnées à tendre l'oreille pour entendre les solistes. Les gens avaient beaucoup applaudi, ce qui avait renforcé mes craintes. Par ailleurs, l'interprète de Gilda avait fait de jolies prouesses dans l'aigu au moment de son air « Caro nome », mais la faiblesse du volume avait été gênante pendant tout l'opéra.
Pour Lucia, rien de tel. Lorsqu'Enrico est apparu sur scène et a commencé son récitatif, il est devenu clair que c'était bien Normanno et non mes oreilles ou mon placement qui étaient en cause dans mon impression de début (c'était à se demander si Normanno devait chanter tout le temps pp sauf sur trois notes mf).
Personnellement, je trouve que le recrutement des solistes devrait être adapté à la taille de la salle. Je pense qu'on ne peut pas paraître sérieux en laissant des solistes à la voix par ailleurs agréable mais par trop limitée en puissance chanter dans des salles très grandes.
Et puis Kwangchul Youn interprétait Raimondo. Lui avait l'amplificateur pharyngé branché au moins. Il avait la voix la plus énORME de la distribution.
Ensuite apparaissait Dessay avec la confidente indispensable à tous les premiers rôles féminins donizettiens.
Si les personnes présentes connaissaient sans doute presque toutes la Dessay soprano et actrice, elles ont pu découvrir la Dessay cascadeuse. Elle était presque toujours en hauteur dans des postures « abracadabrantesques » et souvent périlleuses, même pour les notes très aiguës sauf...une ! Lancer des contre-notes en faisant de la balançoire n'est pas évident, et ce n'était que l'air d'entrée (de même que dans Vidéo gag, on devrait demander instamment aux demoiselles de ne pas tenter l'aventure).
J'en profite pour revenir sur la mise en scène. Je l'ai trouvée exagérément compliquée pour Dessay, et je pense qu'elle aurait pu chanter encore mieux avec les deux pieds sur terre (d'aucuns diront que je suis plus terre-à-terre que les pieds sur terre en écrivant cela). En dehors des péripéties à la James Bond imposées à1 Dessay, la mise en scène proposait quelques idées que j'ai trouvées intéressantes sur le coup, et elle ne m'a pas vraiment choquée. Il faut dire que j'avais lu la description de la mise en scène par Kozlika (http://www.kozlika.org/kozeries/index.php/p2), et il se peut que la faible amplitude de ma réaction soit due à mon soulagement : je m'attendais à bien pire après avoir lu le billet de Kozlika.
Grâce à ma gigantissime culture livresque, je vais vous dévoiler une de mes impressions qui est certainement l'intuition d'un sens bien caché par le metteur en scène : voilà, les choeurs groupés en demi-cercle, sur un surplomb, portant haut-de-forme et habit noir m'ont fait penser aux sorciers dans la série des Harry Potter (?!).
Je crois avoir compris que la manie pour l'héroïne de se percher systématiquement sur tout et n'importe quoi était censée nous faire voir qu'elle se rapprochait des nuées célestes (cf. le dialogue entre Edgardo et Raimondo, dans la dernière scène :
Edgardo : -Ella dunque...
Raimondo : -è in ciel !).
J'en finis ici avec la mise en scène, et j'en arrive au ténor (Polenzani). Il faisait un Edgardo correct, mais la voix d'Arturo était à mon sens à la fois plus belle et plus puissante. C'est pourtant le soliste qui a la partie la plus courte ; il n'est pas plus tôt présenté qu'il se fait étriper par sa douce et tendre fiancée. Je suppose que d'autres considérations, comme la connaissance préalable du rôle ou l'endurance et l'étendue comparées de la voix des deux chanteurs, ont joué en faveur de Polenzani.
J'ai quand même douté une fois de Youn (qui n'a rien à voir avec son grossier homonyme Michaël Youn) : lorsqu'il intervient pour éviter un bain de sang (« Rispettate in me di Dio la tremenda maesta ») il effectue un énorme rallentendo (ce qui n'est pas le cas de Rossi-Lemeni dans la version avec Callas) lors de la descente. Alors, effet artistique généreux ou prudence indispensable pour ne pas rater le « ta » sépulcral de « maesta » ? Il faut dire que ça doit faire une trotte entre cette note-là et les contre-fa de la Reine de la Nuit.
A la fin du premier acte, au moment de l'entracte, j'ai à nouveau craint que Dessay ne renonce. A la fin de l'acte, je l'entendais moins bien que dans son air d'entrée. Néanmoins, le problème venait probablement de l'orchestration imposante du finale donizettien.
Au deuxième acte, Dessay était bien là, et en dépit des acrobaties encore plus folles qui faisaient plus qu'émailler sa prestation (en deux occasions, la balançoire sur laquelle elle était de nouveau postée est passée quelques mètres au-dessus de la fosse d'orchestre ; je me demande quelle note produit une soprano tombant sur des timbales...une idée ?), elle chantait le tout très bien, avec des aigus très puissants et très nets (sauf une fois, où la note a vacillé). Son interprétation ne fait pas le poids face à celle de Callas, mais j'ai particulièrement apprécié sa précision dans la descente vocalisée qui mène au « Si schiuda il ciel per me ». J'ai également cru comprendre pourquoi les critiques italiens ne la trouvaient pas à sa place dans le répertoire italien : la voix « blanchit » rapidement en montant dans les aigus. Je me suis tout de même régalé de l'interprétation de Dessay, comme d'habitude impeccable techniquement (et j'adore la technique).
Dans la scène du cimetière (la dernière), Edgardo a lui aussi des visions, mais pas de scène de folie (pauvre ténor !). Il a deux airs (comme Lucia juste avant). Cependant, Dessay n'avait pas de concurrence de ce côté-là. Le seul qui pouvait prétendre en être assez proche en termes de réussite était Kwangchul Youn. Dans l'ordre, j'ai préféré : Dessay, Youn, Arturo (mais ce n'est pas très significatif, comme on l'a vu plus haut), Enrico, Edgardo, Normanno. Désolé pour la confidente de Lucia : j'étais tout ouïe pour The Dessay et à chaque fois que la confidente en « plaçait une », j'en profitais pour me préparer à la prochaine réplique de Dessay. Je n'ai donc pas une idée bien faite sur sa prestation. Mais elle devait être bien plus audible que Normanno (je suis vache, je sais).
1 ou proposées à Dessay, car la prima donna française est peut-être considérée comme une anti-diva, elle n'en est pas moins fantasque à mon avis. Ou bien son « manadgeur », Breslin, celui qui a pondu une critique au vitriol atomique souffré sur Pavarotti après avoir géré ses extravagances pendant 30 ans, lui avait conseillé de faire tout, pourvu que ça l'aide à se faire remarquer (mais c'est peu probable, parce que la voix y suffit largement).
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