En zappant à une heure tardive pendant la publicité d'une autre émission, je suis tombé sur France Europe Express. L'invité principal était François Bayrou.
Arrivé en cours de route, j'ai dû rater la présentation de son programme. Au moment où j'ai commencé à mirer l'émission, le débat portait sur la place du centre dans la politique. Un étudiant de khâgne maniéré comme je ne les apprécie que peu (il faut dire qu'entouré de filles, il est difficile de ne pas y gagner en afféterie) nous montrait qu'il s'y connaissait en politique (utile pour ne pas se faire détruire par un homme politique, et pour passer pour un savant à la télévision), puis posait une question intéressante en elle-même, mais très idéologique. Si vous voulez savoir, le khâgneux demandait si Bayrou se réclamait des anciens centristes (je ne me souviens pas des noms, et c'est logique : le khâgneux a dû les pêcher dans des livres abscons de politique pour se faire valoir) ou bien d'une nouvelle façon de voir. Bayrou lui a répondu que sa vision descendait effectivement des sus-cités centristes. Ensuite, un jeune cadre a demandé à Bayrou ce qu'il comptait faire dans le domaine de l'écologie. Il a répondu qu'il voulait privilégier le ferroutage et faire comprendre aux Français que les prix de l'énergie étaient sous-évalués en les taxant davantage de façon à les responsabiliser. Personnellement, je suis d'accord avec l'analyse de la situation, l'énergie est effectivement proposée à des prix ridicules. Mais je ne crois pas que les taxer d'office soit la meilleure réponse dans l'immédiat (because big risque of manifestation). Il faudra commencer par sensibiliser, c'est-à-dire en gros faire de la publicité. Puis taxer progressivement, avec une méthode du genre : en adoptant telle ou telle façon de faire dans la vie quotidienne, vos frais d'énergie n'augmenteront pas. De façon qu'en définitive, les plus taxés soient ceux qui ne font pas attention (et non les pauvres qui veulent se chauffer en hiver).
Le problème suivant était : une alliance nationale est-elle possible en France (une alliance de la gauche à la droite, en passant certainement par le centre) ?
Pour y répondre, des statistiques étaient présentées. Elles montraient que 71% des sympathisants UMP et 73% des sympathisants PS étaient favorables à un gouvernement d'union nationale. Sur ce, M. Jaffré, le statisticien de l'affaire si j'ai bien compris, faisait remarquer que le centre était tout de même fragilisé : de peur de se retrouver avec l'extrême droite au second tour, les électeurs chercheront à concentrer leurs votes sur le moins de partis possibles, pour limiter la casse (les électeurs frontistes d'une part, les électeurs fleur bleue votant uniquement d'après leurs convictions sans tenir compte des risques d'émiettement de l'électorat comme en 2002 d'autre part). Dans ce cas-là, les deux partis encaissant le plus de votes seraient le PS et l'UMP, bien sûr. Car les électeurs qui ne veulent surtout pas revoir le scénar pourri de 2002 miseront sur des partis modérés possédant une base solide. Ils ne voudront pas se risquer à mettre leurs billes dans l'escarcelle de l'UDF pour se rendre compte que ni l'UDF ni le PS n'est au second tour. Ou alors les électeurs doivent agir selon les sondages, comme les politiques...Maux de tête en perspective : en tenant compte de la marge d'erreur du sondage, de la répartition des intentions de vote, de la proportion de participants ne se prononçant pas, etc...j'arrive à cinquante-douze mille cas. Qu'est-ce que je fais ? Je m'achète une boule de cristal ?
Bref, dans cette situation, les votes des indécis modérés, qui forment une bonne partie des votants potentiels pour l'UDF a priori, se tourneront evrs l'UMP et le PS, pour être sûr de ne pas voir le pire se produire, comme quand il a fallu élire le camarade Ivan Ivanovitch Chirakov avec 82% des voix, faute de mieux. Mais Bayrou a balayé l'argument d'un revers de main. D'après lui, M. Jaffré, le docteur ès chiffres, aurait dû voir l'évidence : puisque plus de 70% des sympathisants UMP et PS sont pour un gouvernement d'alliance nationale, ils n'ont qu'à voter Bayrou, et lui, magnanime et tout, il rassemblera droite et gauche pour former un gouvernement d'union nationale. Oubliant un détail :
Puisque l'élection de Bayrou est improbable, les électeurs ne voudront pas tenter leur chance au centre pour se retrouver avec 15% des voix, et 20% au FN. Bayrou n'a tout simplement pas compris quelque chose qui est très important à la bourse : le cours d'une valeur fluctue non seulement en fonction des données économiques (offre et demande, cours des monnaies, inflation, taux directeurs, et j'en passe, ça dépend de ce qu'on échange), mais aussi de ce dont les boursicoteurs pensent que les autres feront. En clair, le cours futur dépend non seulement du présent, mais aussi de ce que prévoient les gens.
En fait, il revient aux électeurs de prendre les responsabilités que les politiques auraient dû prendre : de nombreuses personnalités ont l'intention de se présenter. Si c'est le cas, le risque de dispersion du vote est encore plus élevé qu'en 2002. Alors qu'un champ de propositions limité à 5 ou 6 candidats non-frontistes aurait rassuré les Français, et leur aurait permis de voter en fonction de leur conviction. Mais de la façon dont c'est parti, je sens que le match va se réduire à du PS-UMP-FN. Pas génial pour la démocratie.
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