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Dimanche 17 septembre 2006

En cherchant dans le fatras d'Internet des blogs susceptibles de m'intéresser, je suis tombé sur celui de Sieglinde :

http://opera-farfelu.over-blog.com

Sieglinde explique avec humour l'action de différents opéras, en n'omettant pas d'en critiquer les excès ou les insuffisances, notamment le jeu d'acteur qui s'est pendant longtemps résumé à des gestes des mains et à des manières qui ne faisaient que souligner l'invraisemblance de certaines situations (ah ! que dire d'Edward of Ravenswood agonisant pendant deux minutes de bel canto, achevant sa vie tragique dans un interminable "il Nume in ciel !" chanté fortissimo).

Sans oublier que certains ténors en rajoutent, voulant mourir plus théâtralement qu'il ne le faudrait. Il faut en effet savoir que la vie de ténor ou de soprano est incroyablement courte, notamment durant la période 1800-1925. Verdi et Donizetti, en particulier, ne font pas de quartier dans leurs oeuvres.

J'en viens au sujet principal de mon billet.

Sieglinde écrit dans une sorte de patois, en fait du bon français avec quelques mots bizarres, vraisemblablement inventés dans sa région d'origine quand ce ne sont pas ses propres néologismes. Bien que je sois plutôt du genre intégriste quand il s'agit de respect de la langue française, la façon d'écrire et de raconter de Sieglinde m'a beaucoup amusé. La seule chose qui m'a agacé, ce sont ses "hé hé" à répétition.

Je pense que l'opéra, genre très rigide s'il en fût (bien que les choses évoluent, hé hé), avait bien besoin de ce type de critique gentille, qui montre qu'on peut aimer l'opéra sans forcément être dupe de ses faiblesses, accentuées par les lubies des metteurs en scène, des chanteurs, et du public dans une moindre mesure.

J'en reviens à notre bonne vieille langue française. Dernièrement, j'ai relu quelques passages du Gargantua de Rabelais, en vieux français. Si la majorité de ce qu'il écrit est compréhensible, même dans le texte original (du moins quand les gribouillis de l'époque ont été transformés en lettres modernes), certains morceaux sont complètement hermétiques à celui - moi par exemple - qui ne comprend pas le patois gascon du XVIème. Comme : "Mais escoutaz, vietzdazes, que le molubec vous trousque !" (je confirme que ce n'est pas du russe). D'après la traduction de la page en face, cette phrase signifierait : "Mais écoutez, couillons, que le chancre mou vous ronge !".

Impossible donc de disqualifier le blog de Sieglinde, et celui de tant d'autres pour la course au mérite littéraire au motif de l'incorrection de la langue. Alors, à quoi bon se battre pour la sauvegarde d'un ensemble de conventions vieillotes ? Pour être toujours capables d'exprimer clairement notre pensée.  Ca n'a l'air de rien, mais une grande majorité des progrès réalisés depuis plusieurs millénaires n'auraient jamais été possibles si les langues dans lesquelles conversaient les inventeurs (des savants humanistes du XVIIIème aux geeks en passant par les philosophes grecs de l'Antiquité) n'avaient pas permis d'exprimer des nuances subtiles. Or le sens d'une phrase peut radicalement changer lorsqu'on modifie une seule lettre.

La manière d'écrire de Sieglinde est particulière : la caricature enlève à la langue une partie de sa finesse, mais l'ajout de tournures régionales, d'ailleurs intelligibles grâce au contexte, ne porte pas vraiment préjudice au français, dont la grammaire est conservée, tout en donnant de l'humour au propos.

 

Par Sarastro - Publié dans : reveurpro
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