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Mercredi 27 septembre 2006

Il existe en prépa une autre spécificité que celles données dans mon article précédent (http://reveurpro.over-blog.com/article-3905323.html) : la colle (ou khöle, les sources varient d'une filière à l'autre). Rien à voir avec les pots de colle (encore que le professeur puisse en jouer le rôle). Il s'agit d'interrogations orales par groupes. Dans ma prépa, les groupes comptaient trois élèves en général, de temps en temps ramenés à deux, par exemple en début d'année, quand certains abandonnaient (déjà !). Ces interrogations n'ont pas lieu devant la classe. Elles sont donc en plus des cours. Traditionnellement, la colle dure une heure, et le prof passe en moyenne 20 minutes par élève. A noter : de nombreux profs sont prêts à déborder sur l'horaire, histoire de houspiller le malheureux qui a oublié une demi-hypothèse du théorème de Leibniz. Colleur est le deuxième plus beau métier du monde immédiatement après rentier, au cas où vous auriez des doutes : les heures de colle sans vraisemblablement comptées comme des triples heures supplémentaires (une heure pour chaque élève; c'est vrai qu'il faut surveiller pendant toute l'heure que personne n'échange d'informations, et ce doit être très éprouvant). Sachant que les professeurs de prépa sont les mieux payés du système scolaire français, c'est la course pour les heures de colle en début d'année (mais uniquement entre les professeurs...). Souvent, ceux-ci commencent par donner une question de cours, puis donnent un exercice en rapport ou non avec la question de cours (c'est une occasion de plus pour traiter d'aveugle l'élève qui n'a pas compris le lien entre la question de cours et l'exercice). La majorité des profs donnent l'exercice même si vous vous plantez à la question de cours. Excuse à laquelle on pense, et qu'on veille à ne pas donner : "désolé monsieur, la démonstration était trop longue, je pensais qu'il faudrait être dégueulasse pour la demander !" ; j'imagine la réponse, au cas où vous voudriez quand même placer cette excuse : "c'est mon boulot d'être dégueulasse". Mais de temps en temps, vous pouvez tomber sur un vieux de la vieille qui vous laisse sécher sur la question de cours pendant une heure avant de vous attribuez un entier naturel compris entre 0 (vous n'avez trouvé aucune des idées de la démonstration) et 2 (vous avez trouvé toutes les idées de la démonstration sauf une) sur 20. J'exagère un peu, mais si vous voulez la vérité dans toute sa splendeur, je vous propose un florilège des stratégies les plus sadiques couramment employées par les profs de prépa (et en particulier par un de ceux que j'ai eus) :

- l'interro surprise (un classique, sa durée varie de 5 minutes à 2 heures avec une moyenne d' 1h 55 sur l'année). En général, le prof précise au début de l'année qu'il peut y avoir des interros surprise au cours de l'année, et la menace peut devenir exécution à partir du moment où plus de deux personnes n'ont pas été capables de donner une définition ou un théorème exact.

N.B. : cette stratégie n'est optimale que lorsque le prof maintient toute l'année la pression.

Il existe une variante de cette stratégie, hyper efficace : les élèves sont mis au courant qu'une interro va avoir lieu sur tel ou tel sujet, mais ils ne savent pas quand. Cependant, ils savent que la menace devient réelle lorsque le chapitre ayant trait au sujet est terminé. A raison de 12 pages manuscrites par heure, le chapitre peut se terminer aussi rapidement qu'abruptement. Et un matin, une affichette informe les élèves qu'ils vont avoir une interro surprise...à la place du cours.

-le "débriefing" version KGB. Soyons clairs : point de violence physique en prépa (mais c'est sans doute récent). La seule "torture" disponible est psychologique. Après n'importe quel devoir, les élèves se mettent à scruter avidement le regard du professeur, pour savoir s'il a passé une bonne soirée à corriger des copies à peu près correctes ou bien une mauvaise soirée à mettre des 0 sur des copies complètement nulles (dites parfois FNAC : Franchement Nulles A Chier). Un matin, il débarque avec le stock de copies. Et il fait monter plus ou moins rapidement la pression au cours de la correction (personne n'a encore vu sa copie à ce moment-là). Lors de la correction, le prof insiste sur tous les passages qu'il a vu mal traités, et tout le monde essaie de se rappeler s'il a fait attention à ce passage précis. Il donne quelques détails de la correction : "0 à l'exercice pour ceux qui ont oublié d'écrire dans la question 1 que la fonction était intégrable sur [-mu : + inf] ("Saint Gauss, faites que je ne me sois pas planté là !"). A la fin (au bout de deux heures), il remet les copies. Toute la subtilité est dans le geste : si le prof fait tranquillement virevolter la copie vers la table, c'est bon signe, ou très mauvais signe (ça peut signifier qu'il ne fera plus aucun effort pour vous). S'il la balance, c'est que la copie est au moins médiocre (mais que vous pouvez encore être sauvé(e) du puits d'ignorance teintée de stupidité où vous êtes tombé(e)). Pour clore le débat, le prof affiche les notes de tout le monde, et c'est la ruée sur le simple feuillet où sont étalés votre gloire (relative) ou votre déconfiture (absolue).

- Le point important. C'est une stratégie mineure, mais terrible : le prof vous donne le tarif pour une faute terriblement atroce (vous avez normé une valeur au lieu d'une fonction par exemple). Pour celle-là, c'était  -5 (sur 20). Et c'est bien mieux que les promotions des supermarchés : les réductions de notes sont valables toute l'année. En clair, si le prof a stipulé dès le début de l'année que telle erreur était cotée tant, vous aurez beau l'avoir évitée jusqu'à l'avant-dernière ligne de l'ultime devoir, vous n'en recevrez pas moins la réduction prévue en cas d'étourderie de dernière minute.

- L'arrêt de correction. Quand le prof estime qu'il n'est pas payé pour contempler des âneries, ou pour décrypter des hiéroglyphes, il arrête la correction. Parfois à la première page, sur laquelle vous aviez donné deux réponses...fausses. 

- L'effacement rapide : un prof énervé est susceptible d'utiliser cette stratégie perverse, notamment quand il a l'impression que les élèves ne sont pas assez concentrés. Il écrit alors de la main droite et efface de la main gauche. Pour être en mesure de noter l'ensemble du cours, il vaut mieux bénéficier de la solidarité des autres élèves (encore faut-il que la solidarité existe dans la prépa où vous êtes, n'y comptez pas trop dans les prépas parisiennes). Car le svelte corps du prof masque une partie de ce qui est écrit. Selon l'endroit où vous êtes placé et l'endroit du tableau que vos yeux prennent pour cible, la lecture est plus ou moins impossible. Il s'agit alors de recouper les informations qu'on possède avec celles de son voisin. En espérant n'avoir rien raté. Car n'importe quel point de détail peut tomber aux concours parmi les milliers de détails présents dans la pile de cours (plusieurs dizaines de centimètres à la fin de la prépa). Et "rater un détail" peut signifier plus tard "être largué".

Je continuerai encore plusieurs fois certainement. La prépa est riche d'enseignements, pas seulement scolaires.

Par Sarastro - Publié dans : reveurpro
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Mardi 26 septembre 2006
 

Pour ceux qui ne connaissent pas cet opéra, voici la liste des rôles :

Lucia di Lammermoor

Edgardo Ravenswood (amant de Lucia)

Enrico (le frère de Lucia)

Raimondo (un prêtre)

La confidente de Lucia

Normanno (un conseiller d'Enrico)

Arturo Bucklaw (promis à Lucia)


J'ai assisté à Lucia di Lammermoor le 22 septembre à Bastille. J'étais placé au second balcon, à droite, au troisième rang.

Au début, ma principale inquiétude concernait Dessay. Je m'attendais à tout moment à voir le directeur s'avancer sur la scène et dire qu'elle annulerait. Mais ce ne fut heureusement pas le cas.


Après l'ouverture, le choeur, accompagné de Normanno, chante « Percorrete le spiagge vicine ».

Quel que soit le nom de l'interprète, le volume de Normanno était assez faible, sauf dans les passages fortissimo, ce qui m'inquiétait d'autant plus que la dernière fois que j'étais allé à Bastille, c'était pour assister à un Rigoletto en sourdine. Pour cette soirée-là, j'étais assis à trois rang...du fond. Et un seul interprète avait été capable de produire quelque chose de vraiment audible, celui qui chantait le rôle-titre. Je m'étais demandé si les personnes assises dans les derniers rangs était systématiquement condamnées à tendre l'oreille pour entendre les solistes. Les gens avaient beaucoup applaudi, ce qui avait renforcé mes craintes. Par ailleurs, l'interprète de Gilda avait fait de jolies prouesses dans l'aigu au moment de son air « Caro nome », mais la faiblesse du volume avait été gênante pendant tout l'opéra.


Pour Lucia, rien de tel. Lorsqu'Enrico est apparu sur scène et a commencé son récitatif, il est devenu clair que c'était bien Normanno et non mes oreilles ou mon placement qui étaient en cause dans mon impression de début (c'était à se demander si Normanno devait chanter tout le temps pp sauf sur trois notes mf).

Personnellement, je trouve que le recrutement des solistes devrait être adapté à la taille de la salle. Je pense qu'on ne peut pas paraître sérieux en laissant des solistes à la voix par ailleurs agréable mais par trop limitée en puissance chanter dans des salles très grandes.


Et puis Kwangchul Youn interprétait Raimondo. Lui avait l'amplificateur pharyngé branché au moins. Il avait la voix la plus énORME de la distribution.


Ensuite apparaissait Dessay avec la confidente indispensable à tous les premiers rôles féminins donizettiens.

Si les personnes présentes connaissaient sans doute presque toutes la Dessay soprano et actrice, elles ont pu découvrir la Dessay cascadeuse. Elle était presque toujours en hauteur dans des postures « abracadabrantesques » et souvent périlleuses, même pour les notes très aiguës sauf...une ! Lancer des contre-notes en faisant de la balançoire n'est pas évident, et ce n'était que l'air d'entrée (de même que dans Vidéo gag, on devrait demander instamment aux demoiselles de ne pas tenter l'aventure).


J'en profite pour revenir sur la mise en scène. Je l'ai trouvée exagérément compliquée pour Dessay, et je pense qu'elle aurait pu chanter encore mieux avec les deux pieds sur terre (d'aucuns diront que je suis plus terre-à-terre que les pieds sur terre en écrivant cela). En dehors des péripéties à la James Bond imposées à1 Dessay, la mise en scène proposait quelques idées que j'ai trouvées intéressantes sur le coup, et elle ne m'a pas vraiment choquée. Il faut dire que j'avais lu la description de la mise en scène par Kozlika (http://www.kozlika.org/kozeries/index.php/p2), et il se peut que la faible amplitude de ma réaction soit due à mon soulagement : je m'attendais à bien pire après avoir lu le billet de Kozlika.


Grâce à ma gigantissime culture livresque, je vais vous dévoiler une de mes impressions qui est certainement l'intuition d'un sens bien caché par le metteur en scène : voilà, les choeurs groupés en demi-cercle, sur un surplomb, portant haut-de-forme et habit noir m'ont fait penser aux sorciers dans la série des Harry Potter (?!).


Je crois avoir compris que la manie pour l'héroïne de se percher systématiquement sur tout et n'importe quoi était censée nous faire voir qu'elle se rapprochait des nuées célestes (cf. le dialogue entre Edgardo et Raimondo, dans la dernière scène :

Edgardo : -Ella dunque...

Raimondo : -è in ciel !).


J'en finis ici avec la mise en scène, et j'en arrive au ténor (Polenzani). Il faisait un Edgardo correct, mais la voix d'Arturo était à mon sens à la fois plus belle et plus puissante. C'est pourtant le soliste qui a la partie la plus courte ; il n'est pas plus tôt présenté qu'il se fait étriper par sa douce et tendre fiancée. Je suppose que d'autres considérations, comme la connaissance préalable du rôle ou l'endurance et l'étendue comparées de la voix des deux chanteurs, ont joué en faveur de Polenzani.


J'ai quand même douté une fois de Youn (qui n'a rien à voir avec son grossier homonyme Michaël Youn) : lorsqu'il intervient pour éviter un bain de sang (« Rispettate in me di Dio la tremenda maesta ») il effectue un énorme rallentendo (ce qui n'est pas le cas de Rossi-Lemeni dans la version avec Callas) lors de la descente. Alors, effet artistique généreux ou prudence indispensable pour ne pas rater le « ta » sépulcral de « maesta » ? Il faut dire que ça doit faire une trotte entre cette note-là et les contre-fa de la Reine de la Nuit.


A la fin du premier acte, au moment de l'entracte, j'ai à nouveau craint que Dessay ne renonce. A la fin de l'acte, je l'entendais moins bien que dans son air d'entrée. Néanmoins, le problème venait probablement de l'orchestration imposante du finale donizettien.


Au deuxième acte, Dessay était bien là, et en dépit des acrobaties encore plus folles qui faisaient plus qu'émailler sa prestation (en deux occasions, la balançoire sur laquelle elle était de nouveau postée est passée quelques mètres au-dessus de la fosse d'orchestre ; je me demande quelle note produit une soprano tombant sur des timbales...une idée ?), elle chantait le tout très bien, avec des aigus très puissants et très nets (sauf une fois, où la note a vacillé). Son interprétation ne fait pas le poids face à celle de Callas, mais j'ai particulièrement apprécié sa précision dans la descente vocalisée qui mène au « Si schiuda il ciel per me ». J'ai également cru comprendre pourquoi les critiques italiens ne la trouvaient pas à sa place dans le répertoire italien : la voix « blanchit » rapidement en montant dans les aigus. Je me suis tout de même régalé de l'interprétation de Dessay, comme d'habitude impeccable techniquement (et j'adore la technique).


Dans la scène du cimetière (la dernière), Edgardo a lui aussi des visions, mais pas de scène de folie (pauvre ténor !). Il a deux airs (comme Lucia juste avant). Cependant, Dessay n'avait pas de concurrence de ce côté-là. Le seul qui pouvait prétendre en être assez proche en termes de réussite était Kwangchul Youn. Dans l'ordre, j'ai préféré : Dessay, Youn, Arturo (mais ce n'est pas très significatif, comme on l'a vu plus haut), Enrico, Edgardo, Normanno. Désolé pour la confidente de Lucia : j'étais tout ouïe pour The Dessay et à chaque fois que la confidente en « plaçait une », j'en profitais pour me préparer à la prochaine réplique de Dessay. Je n'ai donc pas une idée bien faite sur sa prestation. Mais elle devait être bien plus audible que Normanno (je suis vache, je sais).

 

1 ou proposées à Dessay, car la prima donna française est peut-être considérée comme une anti-diva, elle n'en est pas moins fantasque à mon avis. Ou bien son « manadgeur », Breslin, celui qui a pondu une critique au vitriol atomique souffré sur Pavarotti après avoir géré ses extravagances pendant 30 ans, lui avait conseillé de faire tout, pourvu que ça l'aide à se faire remarquer (mais c'est peu probable, parce que la voix y suffit largement).


Par Sarastro - Publié dans : reveurpro
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Mercredi 20 septembre 2006

La Prépa (officiellement nommée "CPGE", Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles) fait partie de l'exception culturelle française.

Je suis passé par Prépa Maths (également appelée Maths sup'-Maths spé' pour Mathématiques supérieures-Mathématiques spécialité). Il existe plusieurs types de prépas, à savoir BCPST pour les biologistes, ECS (anciennement HEC) pour les futurs cadres commerciaux, Lettres pour ceux qui veulent se compliquer la vie (le nombre de places en Grande Ecole est ultra-limité pour cette filière), PC (Physique-Chimie), et MP (Mathématiques-Physique), mais comme dans celle-là les mathématiques sont ingérées à très hautes doses, on ne garde que "Maths" dans les appellations. Dans n'importe quel type de Prépa, il faut différencier les première année des deuxième année. On a donc respectivement :

BCPST 1 et 2

ECS 1 et 2

PCSI et PC (c'est déjà moins simple, le S.I. signifie Sciences de l'Ingénieur)

MPSI et MP (même principe que plus haut)

HK et K (Hypokhâgne et Khâgne). Ca vient du grec. Logique pour des élèves de Prépa Lettres.

Par analogie, on appelle les MPSI hypotaupins et les MP taupins (comme dirait l'autre, MP c'est le taupe niveau).

 Pour marquer leur spécificité, les élèves de Prépa Maths possèdent un système propre afin de départager les deuxième année des deuxième année redoublants (il est interdit de redoubler la première année, si vous n'êtes pas assez bon à la fin de la première année, on vous vire, l'excellence est à ce prix). Voici le système donc, dont vous pourrez juger vous-même qu'il est ingénieux au plus haut point, et très pratique pour laisser à la rue ceux qui n'y connaissent rien aux mathématiques : les deuxième année sont les 3/2, car l'intégrale de x entre 1 et 2 égale 3/2 (je crois qu'on utilise x par référence eux élèves de Polytechnique, appelés les X). Les deuxième année redoublants sont donc les 5/2, car l'intégrale de x entre 2 et 3 est égale à 5/2. On pourrait par extension appeler les première année les 1/2, mais ce n'est pas la tradition, bien que je sois sûr qu'un 3/2 vicieux l'ait déjà fait pour traiter les première année de demi-portions (de cervelle bien sûr, une cervelle sans mathématiques étant une cervelle vide). Vous avez remarqué qu'en passant d'une année à l'autre, on ajoute deux au dénominateur. Ce qui ne veut pas dire que le système est trop compliqué pour rien. Sans entrer dans les détails, cette propriété est liée à celles de la fonction carré. Le système n'est donc pas stupide contrairement à ce que l'on pourrait penser, il est tout simplement sophistiqué.

Alors qu'apprend-on en prépa ? On apprend à travailler. Ben oui. Parce que la majorité des gens qui débarquent en prépa n'ont jamais beaucoup travaillé à l'école, ils étaient dans les premiers de la classe sans faire grand-chose. En arrivant en prépa, ils deviennent donc des élèves normaux (des élèves qui doivent travailler pour réussir). Ca peut faire un choc. Mais en général, ils y sont préparés. Sauf en anglais et en français-philosophie.

Mais à part ça, on y apprend (grosso modo, car les détails pourraient vous ennuyer) comment une partie des mathématiques qu'on utilise depuis qu'on a deux ans (deux jours pour les plus précoces d'entre nous peut-être) a été construite. On découvre ainsi que notre façon de compter s'inscrit dans le cadre d'une théorie très vaste.

En physique, on utilise des équations diverses et variées, mais surtout différentielles (avec des dérivées, pas forcément avec des signes "moins"...), pour décrire le fonctionnement passé, présent et futur de tout un tas de choses, des projectiles aux composés chimiques en passant par les circuits électriques.

On apprend aussi  à supporter des professeurs sadiques le cas échéant. Soit dit en passant, ces professeurs ne sont pas tous méchants dans l'âme. Certains sont persuadés (parfois à juste titre) qu'en vexant les plus mauvais élèves, ils les toucheront dans leur orgueil ce qui les forcera à travailler suffisamment pour avoir des résultats décents (6,5/20 est un résultat décent aux concours). Malheureusement, cette tactique peut avoir des effets très néfastes lorsqu'appliquée à des élèves qui travaillent déjà presque au maximum de leurs capacités.

Voilà. Je reparlerai certainement plus tard de la prépa en détail, mais ce billet vous donne déjà un aperçu des particularités de cette institution très vénérable.

Par Sarastro - Publié dans : reveurpro
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Mardi 19 septembre 2006

En zappant à une heure tardive pendant la publicité d'une autre émission, je suis tombé sur France Europe Express. L'invité principal était François Bayrou.

Arrivé en cours de route, j'ai dû rater la présentation de son programme. Au moment où j'ai commencé à mirer l'émission, le débat portait sur la place du centre dans la politique. Un étudiant de khâgne maniéré comme je ne les apprécie que peu (il faut dire qu'entouré de filles, il est difficile de ne pas y gagner en afféterie) nous montrait qu'il s'y connaissait en politique (utile pour ne pas se faire détruire par un homme politique, et pour passer pour un savant à la télévision), puis posait une question intéressante en elle-même, mais très idéologique. Si vous voulez savoir, le khâgneux demandait si Bayrou se réclamait des anciens centristes (je ne me souviens pas des noms, et c'est logique : le khâgneux a dû les pêcher dans des livres abscons de politique pour se faire valoir) ou bien d'une nouvelle façon de voir. Bayrou lui a répondu que sa vision descendait effectivement des sus-cités centristes. Ensuite, un jeune cadre a demandé à Bayrou ce qu'il comptait faire dans le domaine de l'écologie. Il a répondu qu'il voulait privilégier le ferroutage et faire comprendre aux Français que les prix de l'énergie étaient sous-évalués en les taxant davantage de façon à les responsabiliser. Personnellement, je suis d'accord avec l'analyse de la situation, l'énergie est effectivement proposée à des prix ridicules. Mais je ne crois pas que les taxer d'office soit la meilleure réponse dans l'immédiat (because big risque of manifestation). Il faudra commencer par sensibiliser, c'est-à-dire en gros faire de la publicité. Puis taxer progressivement, avec une méthode du genre : en adoptant telle ou telle façon de faire dans la vie quotidienne, vos frais d'énergie n'augmenteront pas. De façon qu'en définitive, les plus taxés soient ceux qui ne font pas attention (et non les pauvres qui veulent se chauffer en hiver).

Le problème suivant était : une alliance nationale est-elle possible en France (une alliance de la gauche à la droite, en passant certainement par le centre) ?

Pour y répondre, des statistiques étaient présentées. Elles montraient que 71% des sympathisants UMP et 73% des sympathisants PS étaient favorables à un gouvernement d'union nationale. Sur ce, M. Jaffré, le statisticien de l'affaire si j'ai bien compris, faisait remarquer que le centre était tout de même fragilisé : de peur de se retrouver avec l'extrême droite au second tour, les électeurs chercheront à concentrer leurs votes sur le moins de partis possibles, pour limiter la casse (les électeurs frontistes d'une part, les électeurs fleur bleue votant uniquement d'après leurs convictions sans tenir compte des risques d'émiettement de l'électorat comme en 2002 d'autre part). Dans ce cas-là, les deux partis encaissant le plus de votes seraient le PS et l'UMP, bien sûr. Car les électeurs qui ne veulent surtout pas revoir le scénar pourri de 2002 miseront sur des partis modérés possédant une base solide. Ils ne voudront pas se risquer à mettre leurs billes dans l'escarcelle de l'UDF pour se rendre compte que ni l'UDF ni le PS n'est au second tour. Ou alors les électeurs doivent agir selon les sondages, comme les politiques...Maux de tête en perspective : en tenant compte de la marge d'erreur du sondage, de la répartition des intentions de vote, de la proportion de participants ne se prononçant pas, etc...j'arrive à cinquante-douze mille cas. Qu'est-ce que je fais ? Je m'achète une boule de cristal ?

Bref, dans cette situation, les votes des indécis modérés, qui forment une bonne partie des votants potentiels pour l'UDF a priori, se tourneront evrs l'UMP et le PS, pour être sûr de ne pas voir le pire se produire, comme quand il a fallu élire le camarade Ivan Ivanovitch Chirakov avec 82% des voix, faute de mieux. Mais Bayrou a balayé l'argument d'un revers de main. D'après lui, M. Jaffré, le docteur ès chiffres, aurait dû voir l'évidence : puisque plus de 70% des sympathisants UMP et PS sont pour un gouvernement d'alliance nationale, ils n'ont qu'à voter Bayrou, et lui,  magnanime et tout, il rassemblera droite et gauche pour former un gouvernement d'union nationale. Oubliant un détail :

Puisque l'élection de Bayrou est improbable, les électeurs ne voudront pas tenter leur chance au centre pour se retrouver avec 15% des voix, et 20% au FN. Bayrou n'a tout simplement pas compris quelque chose qui est très important à la bourse : le cours d'une valeur fluctue non seulement en fonction des données économiques (offre et demande, cours des monnaies, inflation, taux directeurs, et j'en passe, ça dépend de ce qu'on échange), mais aussi de ce dont les boursicoteurs pensent que les autres feront. En clair, le cours futur dépend non seulement du présent, mais aussi de ce que prévoient les gens.

 

En fait, il revient aux électeurs de prendre les responsabilités que les politiques auraient dû prendre : de nombreuses personnalités ont l'intention de se présenter. Si c'est le cas, le risque de dispersion du vote est encore plus élevé qu'en 2002. Alors qu'un champ de propositions limité à 5 ou 6 candidats non-frontistes aurait rassuré les Français, et leur aurait permis de voter en fonction de leur conviction. Mais de la façon dont c'est parti, je sens que le match va se réduire à du PS-UMP-FN. Pas génial pour la démocratie.

Par Sarastro - Publié dans : reveurpro
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Dimanche 17 septembre 2006

En cherchant dans le fatras d'Internet des blogs susceptibles de m'intéresser, je suis tombé sur celui de Sieglinde :

http://opera-farfelu.over-blog.com

Sieglinde explique avec humour l'action de différents opéras, en n'omettant pas d'en critiquer les excès ou les insuffisances, notamment le jeu d'acteur qui s'est pendant longtemps résumé à des gestes des mains et à des manières qui ne faisaient que souligner l'invraisemblance de certaines situations (ah ! que dire d'Edward of Ravenswood agonisant pendant deux minutes de bel canto, achevant sa vie tragique dans un interminable "il Nume in ciel !" chanté fortissimo).

Sans oublier que certains ténors en rajoutent, voulant mourir plus théâtralement qu'il ne le faudrait. Il faut en effet savoir que la vie de ténor ou de soprano est incroyablement courte, notamment durant la période 1800-1925. Verdi et Donizetti, en particulier, ne font pas de quartier dans leurs oeuvres.

J'en viens au sujet principal de mon billet.

Sieglinde écrit dans une sorte de patois, en fait du bon français avec quelques mots bizarres, vraisemblablement inventés dans sa région d'origine quand ce ne sont pas ses propres néologismes. Bien que je sois plutôt du genre intégriste quand il s'agit de respect de la langue française, la façon d'écrire et de raconter de Sieglinde m'a beaucoup amusé. La seule chose qui m'a agacé, ce sont ses "hé hé" à répétition.

Je pense que l'opéra, genre très rigide s'il en fût (bien que les choses évoluent, hé hé), avait bien besoin de ce type de critique gentille, qui montre qu'on peut aimer l'opéra sans forcément être dupe de ses faiblesses, accentuées par les lubies des metteurs en scène, des chanteurs, et du public dans une moindre mesure.

J'en reviens à notre bonne vieille langue française. Dernièrement, j'ai relu quelques passages du Gargantua de Rabelais, en vieux français. Si la majorité de ce qu'il écrit est compréhensible, même dans le texte original (du moins quand les gribouillis de l'époque ont été transformés en lettres modernes), certains morceaux sont complètement hermétiques à celui - moi par exemple - qui ne comprend pas le patois gascon du XVIème. Comme : "Mais escoutaz, vietzdazes, que le molubec vous trousque !" (je confirme que ce n'est pas du russe). D'après la traduction de la page en face, cette phrase signifierait : "Mais écoutez, couillons, que le chancre mou vous ronge !".

Impossible donc de disqualifier le blog de Sieglinde, et celui de tant d'autres pour la course au mérite littéraire au motif de l'incorrection de la langue. Alors, à quoi bon se battre pour la sauvegarde d'un ensemble de conventions vieillotes ? Pour être toujours capables d'exprimer clairement notre pensée.  Ca n'a l'air de rien, mais une grande majorité des progrès réalisés depuis plusieurs millénaires n'auraient jamais été possibles si les langues dans lesquelles conversaient les inventeurs (des savants humanistes du XVIIIème aux geeks en passant par les philosophes grecs de l'Antiquité) n'avaient pas permis d'exprimer des nuances subtiles. Or le sens d'une phrase peut radicalement changer lorsqu'on modifie une seule lettre.

La manière d'écrire de Sieglinde est particulière : la caricature enlève à la langue une partie de sa finesse, mais l'ajout de tournures régionales, d'ailleurs intelligibles grâce au contexte, ne porte pas vraiment préjudice au français, dont la grammaire est conservée, tout en donnant de l'humour au propos.

 

Par Sarastro - Publié dans : reveurpro
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